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Concentrons nous!
Le masseur kinésithérapeute serait-il une espèce en voie de disparition? A court terme? Un constat: pas assez de places dans les IFMK pour remplacer les nombreux futurs retraités, beaucoup de départs dans les rangs de la profession pour cause d'exercice en tant qu'ostéopathes exclusifs, ou diversité dans le Bien-être, la Prévention, ... Déjà la pénurie de masseurs kinésithérapeutes se fait sentir chez les salariés hospitaliers, chez les libéraux dans certaines contrées, chez les remplaçants, etc... Des mesures sont étudiées pour y remédier, mesures envisagées par le Gouvernement, par les Caisses, d'autres proposées par les syndicats. Elles sont loin de se rejoindre et présentent plutôt des divergences profondes: compensations financières, répartition territoriale, regroupement au sein des Maisons pluridisciplinaires, etc .... La situation a une conséquence majeure dans l'immédiat, à savoir un manque de professionnels très dommageable pour l'avenir de notre profession, puisque déjà nous ne pouvons remplir toutes nos missions de soignants, de préventeurs et d'éducateurs.
Le masseur kinésithérapeute serait-il une espèce en voie de remplacement? A court terme? Dans ce cas, nos autorités de tutelle ne manqueront pas de nous remplacer rapidement par de « nouvelles professions de santé » nouvellement inventées, nouvellement pensées, nouvellement désignées, nouvellement imposées. Notre défaut: le remboursement de nos prestations, fussent-elles de qualité, par la Sécurité Sociale. L'avantage des « nouvelles professions de santé »: la non prise en charge de leur exercice par la Sécurité Sociale. Paradoxe! Des « nouvelles professions de santé » non reconnues au stade du remboursement, non reconnues au stade de la formation initiale, mais acceptées et encouragées au stade d'une sous-entendue « efficacité » plus économe. Que des avantages ... pour les bilans déficitaires de la Sécurité Sociale. En parallèle des pharmaciens qui viennent de se voir déposséder, dans les EHPAD (Etablissements d'Hébergement de Personnes Âgées Dépendantes), de la fourniture des lits médicalisés, des produits d'hygiène, et de certains produits thérapeutiques au profit d'appels d'offres envers des sociétés de prestataires, nous serons très prochainement confrontés à notre éviction des mêmes structures à l'avantage des STAPS (professeurs d'éducation physique, en surnombre, surdiplômés pour leur chômage) dans les mêmes conditions: éducation thérapeutique, gymnastique d'entretien, prévention des chutes, « trottinothérapie », relaxation, ... La liste n'est pas exhaustive et pourrait se prolonger au travers de certains soins. Les infirmières ont connu dans le passé cette éviction brutale des maisons de retraite, avant d'envisager peut-être d'y remettre les pieds mais sous conditions financières moins avantageuses imposées par la présence d'aide soignantes. Face à ces poussées rétrogrades de la part du Gouvernement ou des Caisses, que nous reste-t il? Une technique de résistance sur la base d'une devise et d'un mot d'ordre « Concentrons nous! ». Concentrons nous sur notre métier d'origine, notre coeur de métier, notre vocation de soignant, notre formation initiale, en perpétuelle évolution scientifique et technique, avec ses prolongements naturels tels que l'ostéopathie, par exemple. Affinons notre expérience dans tous les domaines, ne laissons pas de miettes, conservons l'usage de nos mains au travers du massage, des mobilisations, des manipulations. N'ayons pas honte de ce bel outil que nous avons appris à utiliser au départ de notre vie professionnelle: le merveilleux métier de masseur kinésithérapeute. Ostéopathe, pourquoi pas? Un prolongement de l'esprit dans la main, et réciproquement; mais un outil à ne pas négliger au même titre que les autres. La main d'un ostéopathe oublierait-elle les sensations primitives du masseur kinésithérapeute; pourquoi se priver de cette formation initiale dès lors que l'on exerce l'ostéopathie? Concentrons toutes nos techniques dans une même main, pour pratiquer toute la diversité de notre art. Concentrons nous, faisons face en unissant nos forces dans un syndicalisme combatif, clairvoyant et progressiste. Convainquons nos consoeurs et confrères de sortir de leur cabinet, d'abandonner leur immobilisme frileux et aveugle, leur solitude fataliste, et leur certitude que tout ira bien; alertons les sans cesse du danger de la tornade à l'horizon, de la menace pesant au-dessus de leur tête. Convainquons nous avant de convaincre les autres. Voulons-nous demeurer libéraux ou accepter une forme de « salariat » assez dirigiste? Voulons-nous participer en régie avec la Sécurité Sociale ou devenir dépendants des Mutuelles ou Assurances Privées? La menace n'est pas pour après-demain, pas pour demain, mais pour ce jour. Concentrons nous aux Assises de Caen (18 et 19 octobre), lieu de concertation et de confrontation où intervenants « du monde social, médical et culturel », autorités de tutelle, professionnels de santé, masseurs kinésithérapeutes, représentants syndicaux débattront de ces sujets d'urgence pour l'avenir de la profession.
Jean-Yves TRAMOY, Conseiller fédéral de Bretagne
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