|
AH ! CES IDENTITÉS RÉGIONALES …
La France, mosaïque de communes, de départements, de régions en métropole et en Outre-mer, est riche en différences culinaires, vinicoles, fromagères, vestimentaires, etc … Il en est de même pour les activités industrielles, agricoles, professionnelles, … Pourquoi serait-ce différent dans la corporation des masseurs kinésithérapeutes ?
Comment dégager une identité nationale sans un partage harmonieux des « couleurs » particulières ? Dans certains départements, les MK se plaignent à la fois d'horaires démesurés de travail, de n'être pas assez nombreux sur leur territoire pour absorber la demande locale de soins, de connaître un accroissement lourd des charges sans rapport avec la ridicule progression de leurs tarifs.
Ils en ont marre, réellement marre, marre de tout, marre surtout de voir les patients refuser d'acquitter directement leurs honoraires, en s'abritant derrière la carte SESAM-VITALE en premier ressort, puis derrière leur carte de Mutuelle. Si bien que bientôt les MK ne verront plus un seul euro. Alors, de guerre lasse, ils acceptent le Tiers payant, n'ayant plus ni le temps ni la force de refuser ce qu'ils abhorrent.
Comment changer le cours des choses ?
La réponse est évidente : en refusant de recevoir de nouveaux patients, qu'ils ne peuvent absorber dans un créneau horaire normal quotidien de travail, en les repoussant vers leurs autres consoeurs et confrères de la localité. Mais ils craignent l'évasion de leur patientèle vers ces autres cabinets, pourtant également TOUS débordés. Il y a contradiction dans la démarche, c'est vraiment le serpent qui se mord la queue. Sommes-nous dans une région particulière ? Sans doute ! En questionnant les uns et les autres sur les habitudes quotidiennes dudit département, on remarque que la démarche de tout acheteur local est d'abord de discuter le tarif et les conditions financières avant de s'intéresser à la qualité du produit, à son prix, aux conditions de vente, … Pourquoi en serait-il autrement en matière de soins de massokinésithérapie ? Un consommateur en vaut un autre quel que soit le domaine concerné. La philosophie ne va pas changer en fonction du produit.
La morale veut que les patients, les demandeurs de soins, se comportent en clients aussitôt qu'il s'agit de payer, après le traitement, qu'ils veulent reporter sur autrui les frais occasionnés par leur santé, … remboursée pourtant. Mais ce serait tellement mieux si ça n'obligeait pas à une avance d'euros. Le mot d'ordre : « pas d'avance pour le patient, les agios pour le MK » ! Le MK baisse la tête en même temps que la garde, et accepte les contraintes en maugréant. Le lendemain il reproduit le schéma ailleurs, chez les artisans et commerçants de son quartier, et s'étonne que la situation perdure. Il faut savoir … Il faut savoir arrêter le mouvement en réclamant le paiement direct au praticien, en informant le patient des délais réduits de remboursement grâce à l'utilisation raisonnée de la carte SESAM-VITALE, en le responsabilisant sur ses dépenses en matière de santé, en sachant conserver le chèque par devers soi si le patient connaissait quelques difficultés financières (la semaine, la quinzaine), mais en cessant (en concertation avec tous les autres MK du quartier) de céder au chantage des patients-mauvais-payeurs, qui mettent en difficulté la trésorerie du cabinet, qui mettent peu à peu le MK sous la coupe des Mutuelles, en position de futur salarié. Ces mêmes Mutuelles, peu à peu, grappillent une place privilégiée sur le terrain des négociations CNAM/MK en devenant, pour l'instant, des interlocuteurs consultatifs. Qu'en sera-t il demain quand les budgets de l'Assurance Maladie seront exsangues ou annoncés politiquement comme tels ? Quand l'Assurance Maladie reportera les remboursements de soins reconnus « pas nécessairement indispensables, pas vraiment efficaces » sur les Mutuelles. C'est déjà le cas pour les médicaments. Les Mutuelles sont sollicitées pour « boucher les trous de la Sécu », continueront-elles à le faire à fonds perdus ? Les adhérents verront leurs cotisations augmenter, les professionnels seront appelés à une participation « volontaire » sous forme de réductions tarifaires en fonction d'avantages virtuels, … : aucune innovation, aucune limite ne sont exclues quand il s'agit de gros sous. Alors un patron, la CNAM, c'est déjà une étroitisation de notre autonomie, mais deux dont un riche, autoritaire et puissant : NON.
MK, méfie-toi déjà dans ton comportement individuel ; prends tes responsabilités, fais tourner ta « boîte » sans accorder des cadeaux supplémentaires qui t'affaiblissent personnellement et ruineront l'ensemble de la profession à travers toi. D'AVANCE : MERCI.
Parce que tu as compris maintenant que l'action collective est plus sûre que les errements individuels, que les soutiens syndicaux rendent plus forts le MK face à ses « partenaires obligés» toujours plus encombrants, et voraces sur son dos. D'ailleurs certaines Mutuelles, plus rapides que d'autres, veulent forcer la main des MK en leur envoyant à signer des conventions individuelles, leur promettant des conditions particulières très avantageuses pour leur avenir, … incertain. MK, gardes-toi bien de signer quoi que ce soit sans prendre conseil auprès de la FFMKR appelée à te défendre dans ton exercice quotidien.
… qui développent le Tiers payant...
Jean-Yves TRAMOY, Conseiller fédéral de région Bretagne
|