|
A soleil aveuglant, bronzage à l'avenant!
A l'heure où l'été s'avance, le soleil au zénith, RAY BAN sur le nez, le jeune Adonis étendu sur le sable balaie ses boucles blondes en arrière, d'un mouvement furtif dans les cheveux. La plage est encombrée de baigneurs sommeillant côte à côte, abandonnés à une sieste brûlante. Un rapide coup d'oeil à sa ROLLEX, et il se redresse d'un bond, roule sa serviette LACOSTE: il est temps d'enfourcher la HARLEY pour regagner le cabinet où les patients font déjà la queue devant la porte. Son métier de masseur kinésithérapeute-ostéopathe est envahissant et chaque jour son prestige augmente auprès d'une clientèle toujours plus quémandeuse de ses soins éclairés. Il n'a pas de famille encore, mais une amie très belle qui se love sur la moto, caressant de la main les courbes harmonieuses du réservoir comme elle caresse des yeux « son kiné », envoûtante, gourmande, langoureuse. Adonis répond à ses avances dès que son métier lui laisse un chouïa de loisirs; restaurants, spectacles, week end en amoureux, il vit bien, profite de son argent sans retenue. Il ne calcule pas, sa carrière se déroule sans problème, les journées sont trop courtes, les semaines, les mois passent trop vite, ... le travail, les plaisirs l'accaparent, il ne voit pas le temps passer. Son auréole grandit .... il se consacre entièrement à son métier, perfectionne son art auprès des meilleurs professeurs, soigne les foules avec passion, amassant fortune. Pas le temps de fréquenter les confrères, il a trop à faire ...

Soudain une sonnerie stridente le fait bondir, il se retrouve assis dans son lit, transpirant, échevelé, ...le réveil!!! Dans un réflexe quotidien il le frappe pour le faire taire, rassemble péniblement ses idées et sort en titubant du lit pour courir sous la douche. Il est déjà en retard, s'est laissé bercer dans ses rêves, mais doit au plus vite sauter dans sa guimbarde, parcourir les routes de campagne pour les soins à domicile, avant de passer à la maison de retraite, et attaquer une longue journée au cabinet. Le menu de chaque jour, des patients parfois grincheux, des paperasses qui s 'amoncellent sur le bureau, des appels téléphoniques à la Sécu ou à la banque, ... et il faudrait encore assister à des réunions syndicales? Non, la tête dans le guidon, il n'a pas le temps de se préoccuper de l'avenir! Pourquoi les tarifs et la nomenclature n'augmentent-ils pas? Pourquoi encore une DEP? A quoi ça sert cette paperasse administrative? « On pourrait quand même simplifier toutes ces formalités ! ». Il ne sait rien de tout ça. D'ailleurs où trouverait-il le temps de lire les bulletins reçus du syndicat (« c'est pas gratuit, pour ce qu'ils font ») ou de l'Ordre (« encore une belle invention pour nous pomper de l'argent ») jetés à la poubelle sans même enlever l'enveloppe? « Y a du boulot »!!! « C'est les vacances, on verra après ». Les masseurs kinésithérapeutes courbent l'échine en maugréant contre le mauvais sort, mais ne lisent pas, même leur horoscope. C'est dire qu'ils sont peu inquiets de leur avenir, ont-ils raison? Oh que non, mais comment leur ouvrir les yeux? L'hiver a été terne, le printemps morose, l'été s'annonce chaud, l'automne sera saignant: les réformes ministérielles annoncées pour notre profession ne sont pas enthousiasmantes. Le nouveau proverbe corporatif: 2008, année blanche, kiné pâle.
Jean-Yves TRAMOY, conseiller fédéral de Bretagne
|